Peire Vidal
Plus que l’paubres que jatz el ric ostal
Pas plus que le pauvre qui loge dans
Une riche maison ne se plaint jamais
Malgré sa grande douleur, tant
Il craint d’importuner
Son maître, je n’ose me plaindre
De ma souffrance mortelle.
Je devrais bien me plaindre
Puisque je désire ma belle
Plus qu’aucune autre de l’univers ordonné.
Or, elle me témoigne de la présomption.
Mais je n’ose implorer sa compassion
Tant je crains de l’importuner
Par mes plaintes brutales.
Une fois, en son château royal,
Je lui pris un baiser
Dont j’ai gardé
Au cœur le souvenir.
Je ne veux ni ne désire
Nulle autre chose au monde.
J’ai une telle joie vagabonde
Quand mes yeux contemplent la demoiselle.
Jamais je ne vis formes si belles.
Savez-vous pourquoi je lui porte
Une passion si forte ?
C’est que je n’en vis jamais
D’aussi noble, ni d’aussi estimée :
J’ai une grande richesse
Puisque je suis l’ami d’une hôtesse
De tant de valeur.
Et si par bonheur,
Elle se déshabille près de moi
Je serais plus heureux que le roi.