Peire Vidal (page 12)
Ab l’alen tir vas me l’aire
Avec mon haleine, j’aspire l’air
Que je sens venir de Provence.
Moi, pauvre hère,
Tout ce qui touche l’opulence
De cette contrée me plait.
Aussi quand j’en entends dire désormais
Du bien, je suis si content
Que j’écoute en souriant
Et que pour un mot, j’en demande cent.
On ne connaît pas d’aussi beau pays
Que celui
Qui va du Rhône à Vence
Et qui est enfermé entre la Durance
Et la mer. Il n’en est pas où brille une joie
Aussi pure. C’est pourquoi
J’ai laissé mon cœur auprès
De celle qui rend gaité aux affligés.
On ne peut être malheureux
Le jour où l’on pense à ses yeux.
En elle naît et commence la joie
Quoi qu’il en soit.
Elle est la plus belle.
Tout ce que je sais faire, le mérite
En revient à elle si érudite.
C’est cette demoiselle
Qui m’a donné le talent,
Qui m’a rendu poète galant.
Tout ce que j’écris de bien
M’est inspiré par sa douce main.