Un super poète du Moyen-âge, Peire Vidal (page 13)
Si’m laissava de chantar
Si je cessais de chanter ici
Par suite des peines ou des soucis,
On dirait que mon caractère heureux
A bien changé, morbleu !
Mais je puis vous jurer,
En vérité, que jamais
Ne me plurent autant jeunesse
Mérite, allégresse,
Chevalerie,
Courtoisie et galanterie.
Si je pouvais terminer
Ce que m’a fait commencer
Mon désir exagéré,
Alexandre ne serait rien comparé
A moi. Et s’il plaisait à Dieu
De daigner m’aider, son pieux
Tombeau ne resterait
Pas longtemps sous suprématie honteuse.
On ne devrait pas retarder de mieux faire
Tant que la vie
Est présente. Le monde n’est que vent d’hiver
Et qui s’y fie
Fait folie.
Car à la mort, on peut reconnaître
Combien l’or de peu d’utilité peut être
Pour les gens fortunés.
J’ai tellement de quoi penser
Que je ne puis réaliser
Toutes mes magnifiques idées.
Celui qui a or en abondance
Et qui pense
Qu’il n’y a d’autre dieu
Que son argent si précieux,
Au moment du jugement
Dernier, paiera cher sa fourberie
Et sa félonie.
Maintenant je vais adresser mon chant
A la dame à laquelle je tiens autant
Sinon plus qu’à mes yeux et mes dents.
Elle m’enlace et me lie si bien, ma belle,
Que je ne saurais m’éloigner d’elle.
Elle est si douce à aimer
Et si jolie à regarder.