Peire Vidal, un poète toulousain du tonnerre ! (page 16)
Ges pel temps fer e brau
Le temps sauvage et rigoureux
Qui trouble les éléments,
Amène tempêtes et vents,
Fait le ciel noir et blafard
Ne change pas mes vœux.
J’oublie mon cafard
Quand je vois la neige qui stagne
Sur les hautes montagnes
Et quand les fleurs s’épandent
Par toute la lande.
Dame, vous êtes douce, idolâtrée,
Et la plus avenante qu’on puisse célébrer.
Mon amour pour vous
Est tel que l’intelligence et le cœur
Me disent de rester près de vous.
Je suis votre serviteur
Obéissant. Je suis à vos côtés
Pour faire vos volontés.
Votre noble indulgence ne devrait plus
Me faire attendre. La vue
De votre visage riant
Me subjugue tellement
Que, quand je vous entends
Parler, je ne puis détourner mes yeux
Joyeux.
Votre agréable compagnie me plait tant
Que tout le reste m’est gênant.
L’amour et la joie me tiennent,
Mais l’intelligence me modère, quelle veine !
La beauté et la jeunesse me mettent en joie
Et votre noble personne, gaie, de bon aloi,
Me protège de tous les maux.
Votre doux visage et vos doux sourires
Me font jouer et rire.
Votre courtoise compagnie me gagne et me retient.
Une joie parfaite m’enlève soucis et chagrin.
Là-bas où croissent les hêtres, il me vient un sujet
Qui me met en gaité.
Le lâche hypocrite Philippe-Auguste avare
Se farde, se mire et se pare.
Toute sa conduite ne vaut pas un gland.
Il a le cœur creux et lent
Il vaut moins que rien. Les dents
Me font mal quand
Je parle de tels gens.