Un sensationnel troubadour Peire Vidal
De chantar m’era laissatz
J’avais quitté le chant gai
Par suite de la tristesse
Et de la douleur que j’ai
Au sujet d’une amie comtesse.
Mais puisque le Roi le désire,
Je vous ferai une chanson, beau Sire.
Ne tenez pas mon chant pour cruel
Même si mon cœur se détourne de celle
Dont je n’eus jamais de récompense
Et qui me prive de toute jouissance.
Combien cette séparation m’est pénible,
Dieu seul le sait. C’est horrible.
Alors, je me suis donné à une autre dame
Qui vit de joie et de charmes.
Quelle douce saveur me fait éprouver
Son amour par mes sens avivé.
Avec elle, règnent accueil courtois,
Douceur des caresses et joie.
Aussi, j’aime mieux faire ce qui lui plait
Qu’avoir richesse de terre et de biens assemblés.
Je suis si heureux
Quand je contemple ses belles manières
Et ses beaux yeux amoureux
Que je ne sais où je suis, pauvre hère.
Elle m’a si bien enlacé et pris
Que je ne puis
Tourner ailleurs
Mes yeux et j’ai bien peur
D’être vaincu par la passion à laquelle
Je ne puis résister. C’est irréel.
Je fus heureux d’avoir perdu l’amour
D’une fourbe ; car j’ai gagné pour toujours
Celui d’une femme meilleure
Dont les mérites sont supérieurs
Et qui sait être aimable
En paroles et en actions louables.